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13 octobre 2017

ÉGYPTE > L’affaire du « drapeau » ouvre les vannes de l’homophobie.

Classé dans : À savoir — fierementgay @ 8 h 38 min

« La peur est en train de se répandre. Tout le monde se cache. On ne se parle plus au téléphone, de crainte d’être sur écoutes. C’est devenu vraiment grave ».

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C’est Naïm qui parle.

Naïm, dont deux amis ont été arrêtés lors du concert des Meshrou’a Leila.

Tout est parti d’une poignée de jeunes qui, dans l’euphorie du concert, déploie un drapeau arc-en-ciel, symbole de la communauté LGBT.tos immortalisent le bref instant de joie. Elles vont ensuite circuler en boucle sur les réseaux sociaux, dans les heures et les jours qui suivent.

L’événement n’est pas inédit.

Un tel drapeau avait déjà été aperçu, en 2016, entre les murs de l’université américaine du Caire.

Mais cette fois, la machine à polémiques haineuses se met en marche.

Les journaux et talk-shows pro-régime s’en emparent pour dénoncer « les déviants sexuels qui veulent corrompre la jeunesse ».

Habitué des coups d’éclat controversés, Ahmed Moussa, animateur télé, va jusqu’à déclarer que « l’homosexualité représente un danger plus grand pour l’Égypte que le terrorisme ».

Le 25 septembre, le procureur de la République ouvre une enquête sur « l’incident du drapeau ».

Face aux torrents d’insultes sur Internet et à son université, un jeune homme, Ahmed Alaa, tente d’expliquer qu’il se trouvait par hasard à côté des quelques jeunes brandissant le drapeau arc-en-ciel.

« J’ai agité un drapeau, parce qu’il était à côté et non pas pour exprimer mon orientation sexuelle. Je ne suis pas un héros ».

Harcelé, menacé de mort et traqué par la police, il s’éloigne du Caire où il étudie.

Ce garçon d’une vingtaine d’années est aujourd’hui derrière les barreaux.

« Ils ont repéré sa position grâce à son smartphone et son application Facebook qui était ouverte. Ils l’ont suivi jusque dans la ville où il se cachait et l’ont arrêté » raconte son ami, Naïm.

Immédiatement après son interpellation, une vague d’arrestations frappe leur groupe d’amis.

« La police a récupéré ses conversations Facebook et a commencé à arrêter tous ceux qui lui avaient parlé ou le soutenaient, jusqu’à ce que son compte soit signalé et supprimé » précise l’étudiant.

Ahmed Alaa est inculpé pour avoir « incité à la débauche et avoir perturbé la cohésion sociale ».

« Six autres personnes ont été piégées par les services de sécurité, qui leur ont donné de faux rendez-vous via des applications de rencontre », dénonce « Amnesty International ».

Des raids ont également eu lieu dans des appartements et dans des cafés connus pour leur clientèle tolérante.

Un groupe d’amis aurait ainsi été arrêté dans le centre du Caire « parce qu’ils avaient l’air gay » selon la police.

En l’espace de deux semaines, 56 hommes et une femme ont été arrêtés.

Des procès expéditifs ont été montés pour neuf d’entre eux, condamnés à des peines allant d’une à six années de prison.

Leurs avocats racontent que la plupart porte des marques de coups et plusieurs ont subi des examens anaux.

« Le gouvernement utilise ces gens, non pas parce qu’ils sont dans l’illégalité, mais pour créer une panique morale dans la société » analyse Dalia Abdel Hamid, membre de l’ONG, « Initiative égyptienne pour les droits personnels ».

« L’homosexualité n’est pas interdite en Égypte, mais l’interdiction de la débauche et de la promotion d’actes immoraux est souvent utilisée pour justifier la répression homophobe. Au lieu de s’occuper des problèmes auxquels fait face le pays, les autorités dépensent notre argent pour détourner l’attention sur des gens qui ne menacent en rien la stabilité du pays ».

« Avec ce drapeau fièrement déployé, la population égyptienne a découvert qu’il y avait bien plus d’homosexuels qu’ils ne le pensaient. Non seulement ils ne se cachent plus, mais en plus, des milliers de gens n’ont rien trouvé à redire quand ils ont sorti les drapeaux. Ça a été le choc. Beaucoup ont eu l’impression que leur pays leur échappait » tente d’expliquer Naïm.

Le groupe, Meshrou’a Leila, a lancé un « appel international à la solidarité pour stopper cette traque et relâcher tous les détenus ».

En dehors des cercles LGBT, l’appel reste pour l’instant peu relayé.

La porte-parole du ministère des Affaires étrangères français assure que « le sujet des droits de l’homme a été évoqué, le 6 octobre dernier, entre Jean-Yves Le Drian et son homologue égyptien, Sameh Choukri.

Une démarche restée discrète, car « l’approche française, dans ce domaine, est guidée par la recherche de l’efficacité ».

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