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15 mai 2018

SOCIÉTÉ > Des applications de rencontres homosexuelles racistes ?

Classé dans : À savoir — fierementgay @ 13 h 05 min

La popularité des applications de rencontres homosexuelles ne cesse d’évoluer.

1hornet

Et la compétition est rude.

Avec le récent scandale touchant « Grindr », qui partageait le statut sérologique de ses utilisateurs, ces applications ne sont plus évaluées seulement, selon leur capacité à générer des rencontres, mais aussi selon leur code d’éthique.

« Grindr » et « Tinder » ont été aussi critiqués pour les risques d’être victime d’actes de délinquance encourus par ceux qui les utilisent.

Mais, l’angle mort de ces applications, c’est la mixité ethnique.

Pour dire les choses crûment, tout le monde, ou presque, y est blanc.

La communauté LGBT est pourtant un lieu où la diversité est supposée être encouragée.

Mais, le milieu associatif français manque cruellement de sensibilisation pour refléter le multi-culturalisme.

Christophe Martet, qui travaille pour le réseau social gay, « Hornet », estime d’ailleurs que « la mixité est plus forte sur les applis que dans les associations LGBT ».

« Elles n’ont pas fait suffisamment d’efforts pour que les personnes racisées s’y retrouvent et aient envie de s’engager. Sur Hornet, je croise bien plus souvent, que dans le milieu gay, des personnes qui sont noires, arabes. Asiatiques, un peu moins, c’est vrai. Je ne dis pas que ce que nous faisons est optimal. Mais, c’est une préoccupation constante, y compris dans le choix des soirées que nous sponsorisons. Par exemple, nos articles sont systématiquement illustrés par des photos où figurent des personnes noires, arabes ou asiatiques, le plus souvent possible ».

Les phénomènes de rejet des personnes racisées, sur les applications de drague, sont connus.

Mais, en France, les statistiques ethniques sont toujours interdites.

L’année dernière, une étude britannique a révélé que 80% des hommes noirs, 79% des hommes asiatiques, 75% des hommes sud-asiatiques, 64% des hommes métissés et 100% des hommes arabes ont subi une forme de racisme dans la communauté LGBT.

Si les profils comportant des mentions comme « pas de blacks ou d’asiats » se font plus rares, elles ont eu un impact définitif.

Pour de nombreux homosexuels « minoritaires », le racisme est un sujet plus grave que l’homophobie de la société.

Et ce problème est encore plus marqué en France où ce racisme, dans la drague, semble plus flagrant qu’ailleurs, car il amplifie leur invisibilité.

D’où cette légitime question.

Est-ce que ces applications amplifient les phénomènes de rejet des LGBT non-Blancs ?

Sur des applis récentes, comme « Hornet », la très grande majorité des hommes est blanche.

Il y a davantage de Latinos, mais relativement peu d’Asiatiques.

Et très peu d’hommes maghrébins.

Bien sûr, c’est le reflet de l’ethnographie de la France.

Les personnes racisées sont, de facto, minoritaires et éprouvent parfois des difficultés pour s’assumer en tant que LGBT.

Certains d’entre eux ont des relations avec les hommes sans vouloir que cela se sache.

Il est donc indéniable que nous sommes en retard.

En France, « Beuronline » est historiquement la première application en direction des Arabes et des Noirs.

Mais, son format a vieilli et on y trouve plus de gays blancs que de gays racisés.

L’autre application récente et multi ethnique est «Jack’d».

Cette application rassemble une majorité d’Asiatiques.

Ce qui prouve qu’une minorité d’homosexuels, invisibles ailleurs, est parvenue à se retrouver quelque part.

Et comme c’est une application diverse, « Jack’d » attire désormais des hommes noirs et maghrébins, qui s’y sentent bien.

Il faut dire que, comme ces hommes noirs et maghrébins sont le sujet de fantasmes, ils subissent, plus que les autres, le manque de respect.

On les aborde en demandant tout de suite la grosseur de leur queue.

Finalement, il n’y a que « Tinder » pour refléter une grande diversité, parce que les jeunes n’ont pas les mêmes préjugés raciaux que les générations précédentes.

À Paris, l’application montre l’immense éventail des jeunes issus de l’immigration : Asiatiques, Noirs, Arabes.

Et sur Londres, la proportion de jeunes Noirs explose.

Là, l’intégration multi-culturelle britannique saute aux yeux.

« Tinder » serait donc le vrai reflet de la variété ethnique et, de fait, devance les autres applications, qui restent désespérément blanches.

Il est donc temps que les applications de drague homosexuelles développent des programmes d’inclusion, comme elles le font sur la question du statut sérologique.

« Hornet » est la seule à le faire car, en plus d’être une application, c’est aussi un réseau social avec des infos qui incitent les individus à participer à des sondages sur la santé LGBT ou sur ce qui se passe dans la lutte contre l’homophobie.

« Hornet » développe aussi un esprit communautaire avec une mini-agence de presse.

Christophe Martet rappelle que « Hornet a développé de nombreux partenariats avec des associations de personnes Afro-descendantes, en particulier Paris Black Pride et Afrique Arc-en-Ciel. Hornet est moins connoté sexe que d’autres applis et, désormais, c’est aussi un réseau social et un média ».

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