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12 juin 2018

SEXUALITÉ > Du porno à haute dose et de plus en plus jeune…

Classé dans : À savoir — fierementgay @ 11 h 01 min

Selon une étude, remise vendredi aux parlementaires, les adolescents sont de plus en plus nombreux, et de plus en plus jeunes à consommer de la pornographie.

1pornographie

Ce qui ne manque pas de modifier leur rapport à la sexualité.

Entre 14 et 24 ans, un jeune sur cinq avoue en regarder toutes les semaines.

La pornographie a beau exister depuis des siècles, son accès, plus libre et plus facile que jamais, a profondément bouleversé la consommation qu’en font les adolescents français.

Une consommation toujours plus addictive, selon l’enquête.

Une consommation, surtout, qui tend à modifier leurs comportements et leurs représentations du corps.

Celui des autres, mais aussi le leur.

La première visite sur un site pornographique se fait, en moyenne, à 14 ans et 5 mois.

Soit trois mois de moins qu’en 2013.

Mais, contrairement aux idées reçues, l’âge du premier rapport sexuel n’a quasiment pas bougé depuis les années 80.

Il est toujours de 17 ans pour les garçons et de 17 ans et demi pour les filles.

Et cela pour la moitié d’entre eux.

Plus que l’âge, ce sont en fait les pratiques qui ont changé.

Interdire purement et simplement l’accès à la pornographie aux moins de 18 ans est sans doute un peu hypocrite, tant les vidéos à caractère sexuel sont à une portée de clics sur Internet.

Reste qu’en-dessous de cet âge, les garçons, comme les filles, sont souvent encore dans la puberté.

Autrement dit en plein développement psycho-sexuel.

« C’est surtout cela qui est inquiétant. Car ils n’ont pas encore la maturité suffisante par rapport à ce qu’ils voient, mais aussi par rapport à ce qu’ils ressentent » explique Bénédicte de Soultrait, conseillère conjugale et sexologue.

« On sait très bien que c’est du cinéma et que ce n’est pas la vraie vie. Heureusement » déclare Younès, 15 ans.

« Quand bien même, le problème, c’est que la sexualité, pour se construire, a besoin de beaucoup d’imaginaire. La pornographie, c’est un peu un viol de l’imaginaire. Cela les met tout de suite face à des images, sans qu’ils aient eu le temps de s’imaginer par eux-mêmes ce qu’était la sexualité. Et l’image s’imprime très vite dans le cerveau. On dit qu’elle équivaut à 5 000 mots. Elle est donc très forte émotionnellement et marque beaucoup. Qu’on le veuille ou non » ajoute Bénédicte de Soultrait.

Caroline Van Assche, psychologue et sexologue clinicienne, ne dit pas le contraire.

« Il y a très souvent une confusion entre la réalité, l’imaginaire et le fantasme. Cette confusion est nourrie, aussi, par la quantité de films dits amateurs, qui ne reflètent, souvent pas plus que les autres, la réalité d’un rapport sexuel ».

47% des Français ont déjà tenté de « reproduire des positions ou des scènes vues dans un film pornographique » selon un sondage.

« En quelques années, les pratiques sexuelles des adolescents, et même des adultes, ont fortement été modifiées, à cause de cette pornographie. Il y a beaucoup plus de fellations par exemple. Mais, davantage que sur leur sexualité elle-même, la pornographie a une influence sur la représentation qu’ils en ont. L’autre jour, des jeunes de 13 ans m’ont demandé ce qu’était un bukkake ou un fist. On voit tout de suite que la pornographie se cache derrière. On peut aussi se retrouver avec un petit bonhomme de 12-13 ans qui demande : est-ce que la première fois, il faut faire tous les trous ou est-ce que les filles ont vraiment envie de se faire baiser ? » ajoute la sexologue.

Des questions très directes, à l’image de ce que montre la pornographie.

Du moins sur des plateformes telles que « Youporn », « Pornhub » ou « xHamster », particulièrement consultées par les adolescents et, en grande majorité, dévolues à la domination masculine.

Avec ce paradoxe : alors que deux tiers des filles sont d’accord avec l’idée que ces vidéos donnent une image négative de la femme, plus de la moitié juge que les hommes ne s’y comportent pas pour autant comme des mâles dominants.

« La pornographie est le premier éducateur à la sexualité en France » avance Bénédicte de Soultrait.

Valentine, 16 ans, confirme.

« Au début, je me disais que si ça ne ressemblait pas à ça, c’est que je ne faisais pas les choses bien ou que j’étais trop coincée ».

« Quand on fait des animations avec les adolescents, ils évoquent, à chaque fois, ce qu’ils croient être la bonne pratique : fellation, puis pénétration vaginale et anale. Ils ne sont, ni dans la relation, ni dans l’élaboration, ni dans une réflexion, sur ce dont ils ont envie. On est plus sur quelque chose qui sera très stéréotypé, très formaté » note Caroline van Assche, qui intervient régulièrement au «Planning familial» et en milieu scolaire.

En outre, une nouvelle vague a vu le jour, ces dernières années, dans le milieu de la pornographie.

Elle devient plus « éthique » et plus féministe.

Ces nouveaux films prônent la capacité à agir de manière autonome, selon ses envies et ses limites.

Ils sont censés être moins caricaturaux.

Source d’excitation, la pornographie peut aussi être source d’angoisse pour les jeunes.

« C’est sûr que ça met la pression, en quelque sorte. On se dit qu’il faut assurer pour durer longtemps et ne pas passer pour un naze » glisse Younès, qui assume être encore « puceau » à 15 ans.

Il reconnaît que les performances des « hardeurs » ont un certain impact sur sa sexualité naissante.

En 2014, plus d’un tiers des garçons de moins de 25 ans admettaient avoir été complexés par la taille de leur pénis en regardant un film porno.

Certains souhaitaient aussi obtenir, très jeunes, du Viagra.

« On est plus sur la performance que sur la compétence. Et là encore, c’est complètement biaisé. Quand je suis en consultation avec des hommes qui viennent pour des troubles d’ordre sexuel, il y a tout un travail à faire sur la représentation de la sexualité. Très souvent, elle est en lien avec leur construction de la sexualité au travers de la pornographie » explique Caroline van Assche.

Chez les jeunes femmes, le constat est le même.

Certaines avouent avoir peur de la pénétration, après avoir vu des films où les hommes se montrent brutaux.

D’autres se demandent si leur poitrine est assez grosse, leurs petites lèvres assez normales ou leurs pubis assez épilés.

C’est ainsi que l’on constate une recrudescence des épilations intégrales ou semi-intégrales chez les filles adolescentes.

« Des pratiques directement puisées dans le porno » selon les esthéticiennes.

« Le problème, c’est la pornographie sur les mineurs face au néant de l’éducation sexuelle en France » regrette Bénédicte de Soultrait.

« Il n’y a pas d’autre alternative pour les jeunes aujourd’hui ».

Depuis 2003, la loi prévoit que chaque élève, de la sixième à la terminale, assiste à trois séances d’éducation sexuelle par an.

Dans les faits, elle n’est que très rarement appliquée.

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