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23 août 2019

23|08 ~ FOOTBALL ~ « Passer de la tolérance absolue à la répression maximale, ça n’a pas de sens ».

Classé dans : À savoir — fierementgay @ 12 h 28 min

football

La saison de Ligue 1 à peine lancée, les débats sur le comportement des tribunes pullulent déjà.

Interdictions de déplacements, tribune fermée pour utilisation de fumigènes, match arrêté à cause de chants à caractère homophobe ou vente d’alcool dans les stades.

Les sujets polémiques, autour des fans de football, ne manquent pas.

Au début de l’été, une mission parlementaire a même été lancée.

Pierre Barthélemy est l’avocat de l’ANS, « Association Nationale des Supporters ».

Il évoque ces différentes questions.

Extraits.

« Nous connaissons une augmentation constante et croissante d’arrêtés pour interdire les déplacements de supporters. La première saison, en 2011, les interdictions de déplacement ont été utilisées trois fois. La saison dernière : une centaine. À l’origine, cette mesure ne visait que quelques matchs très compliqués à organiser, comme PSG/OM ou Lyon/Saint-Étienne, et qui nécessitent d’importants effectifs de police. Mais, petit à petit, cela a donné des idées à d’autres préfets. D’autant que, pour eux, le foot est un simple loisir et que les supporters ne sont pas un corps social d’une valeur égale à celle d’une association politique ».

« Ils prétendent qu’il y a un risque de confrontation entre les supporters, qu’ils n’ont pas les moyens de les encadrer et que la seule solution est de prendre des mesures de restriction ou d’interdiction. Or, il y a très peu de matchs où il y a des risques de violences entre supporters. Pour certains matchs, l’argument peut s’entendre. Si, le même week-end, il y a une forte conjonction d’événements, on peut considérer que les forces de l’ordre ne puissent pas tout gérer en même temps. Mais, pour la plupart des cas, elles ont largement la capacité de le faire. Enfin, parfois, pour faire respecter les arrêtés, les autorités déploient beaucoup plus de forces de l’ordre, qu’elles ne l’auraient fait pour encadrer les supporters visiteurs. Des dizaines de personnes sont placées en garde à vue et les capacités policières et judiciaires d’une ville sont paralysées seulement pour des gens venus voir un match de football ».

« Souvent l’arrêté sort deux jours avant le match. Le recours est déposé un jour avant le match. En référé, c’est toujours rejeté. Aucun juge ne se sent de dire à un préfet qu’il doit accueillir 500 personnes à 24 heures du match. Sur le fond, c’est jugé deux ou trois ans après. Pour l’instant, il n’y a pas beaucoup de décisions, mais dans à peu près la moitié des cas, nous avons eu une victoire partielle. Le juge a sanctionné la discrimination qui était faite dans le cas où l’arrêté visait une association de supporters en particulier. Sur le principe même de l’interdiction de déplacement, nous n’avons jamais gagné parce que, à chaque fois, le juge estime qu’il ne peut pas se substituer à l’appréciation du préfet. Pour l’instant, les jugements concernaient surtout les très gros matchs. Mais, peut-être que, quand les décisions concerneront un match à moindre risque, la décision sera différente ».

« Il y a très peu de violences en France. Le nombre d’interpellations, sur une saison de Ligue 1/Ligue 2, est inférieur à 800. Ce qui est dérisoire comparé aux millions de personnes qui vont dans les stades. Et, parmi ces interpellations, seulement un tiers est associé à des faits de violence. Au contraire, l’essentiel concerne la pyrotechnie, les états d’ébriété et les ventes de billets aux marchés noirs ».

« Il y a une certaine incompétence des autorités, préfectorales ou sportives, dans la gestion des flux de supporters. Il y a aussi un certain mépris. Le supporter est considéré comme un individu avec des droits inférieurs, parce qu’il serait de qualité intellectuelle inférieure. Cela conduit à une seule réponse : l’interdiction, la sanction, la répression. Un marin qui allume un fumigène pour fêter sa victoire, ça ne dérange personne. Pareil quand des policiers ou des pompiers manifestent dans la rue avec des fumigènes. Mais, quand c’est dans un stade, on nous explique que la fumée est toxique, que c’est très dangereux. Il y a plusieurs milliers de fumigènes allumés chaque année sans qu’il n’y ait de problème. Cette posture radicalise et polarise. De l’autre côté, la commission de discipline de la Ligue tape toujours plus fort, un peu aveuglément »

« Le dialogue avec la Ligue est très bon. Nathalie Boy de la Tour est arrivée avec l’esprit ouvert et une vraie volonté de travailler, qui a abouti à la mise en place de référents-supporters et à l’adoption d’un tarif unique en tribune visiteur. En revanche, la commission de discipline, qui est complètement indépendante, fait la sourde oreille. Elle s’est investie d’un rôle de moralisateur, qui pénalise le dialogue ».

« Un match de Ligue 2 interrompu à la suite d’un chant homophobe ? Ce sont des choses qui se font dans les stades, depuis 30 ans. De passer de la tolérance absolue à la répression maximale du jour au lendemain, parce qu’il y a une pression politique soudaine, ça n’a pas de sens. Il aurait fallu d’abord définir les chants interdits. Un chant homophobe, à caractère homophobe ou simplement insultant, ce n’est pas la même chose. Par ailleurs, il faut du dialogue. Les supporters entonnent ces chants de manière mécanique depuis de nombreuses années. Ils ne considèrent pas ces propos comme étant homophobes. Pour eux, c’est juste du trash-talk entre ultras. Il faut donc un travail de sensibilisation. Celui-ci pourrait être réalisé par des personnes victimes de discriminations homophobes au quotidien. Elles expliqueraient les conséquences de tels propos et leur caractère excluant ».

« En ce qui concerne l’alcool dans les stades, c’est un problème de cohérence. Premièrement, il y a de l’hypocrisie, car l’alcool est autorisé en loge. Deuxièmement, aujourd’hui, on a le droit de déroger à cette interdiction dix fois par an. Et là, on nous explique que dix fois par an, ça va, mais que dix-neuf fois, c’est dangereux. Aujourd’hui, c’est très compliqué de sécuriser les abords d’un stade par rapport au risque terroriste. D’un point de vue sécuritaire, c’est donc important de permettre de boire de l’alcool dans les stades. Par ailleurs, certains supporters consomment actuellement des grandes quantités d’alcool avant le match pour être alcoolisés pendant celui-ci. Si on lissait la consommation sur toute la rencontre, cela serait bénéfique en matière de santé publique. Enfin, aujourd’hui, on peut aller dans un bar regarder un match, boire autant qu’on veut. Pourquoi on ne le pourrait pas dans un stade ? ».

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