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28 mai 2020

28|05 ~ SOCIÉTÉ ~ Quand la nouvelle loi interdit le mot « pédé »…

Classé dans : 1- LGBT,SOCIÉTÉ — fierementgay @ 9 h 11 min

société

Depuis une semaine, quinze militants LGBT et activistes de la lutte contre le Sida ont vu leurs comptes « Twitter » et « Facebook » suspendus.

Décision prise après l’emploi du mot « pédé » dans des publications.

Une situation inuqiétante, qui préfigure ce que pourra entraîner la loi Avia contre la haine en ligne, lorsqu’elle sera appliquée.

Gwen Fauchois, Cécil Lhuillier, Laurent Babonneau, etc…

« Tous les comptes qui ont été suspendus, ce sont ceux d’activistes LGBT historiques. Et ils seraient homophobes ?! » vocifère Fred Bladou, militant de « Aides ».

Âgé d’une cinquantaine d’années, dont plus d’une trentaine consacrée à la lutte pour les droits des LGBT, il est atterré.

En une semaine, une quinzaine de comptes a été suspendue par « Twitter » et « Facebook ».

Suspendus de quelques heures à plusieurs jours.

Leur point commun ?

À chaque fois, le terme « pédé » est employé dans les publications mises en cause.

« C’est pas la loi Avia qui me rendra moins pédé ».

C’est cette phrase qui a valu à Fred Bladou d’être interdit de commenter ou publier pendant trois jours.

Peu après, un autre compte a été restreint pendant vingt-quatre heures pour une photo sur laquelle sont écrits les mots « gouine, trans et pédé ».

Même ambiance pour Gwen Fauchois, qui a été vice-présidente de « Act Up-Paris ».

Elle a vu son compte suspendu deux jours pour plusieurs tweets militants.

Selon elle, « ces suspensions ne sont que quelques exemples parmi d’autres ».

Déormais, pour « Twitter » et « Facebook », le terme « pédé » est considéré comme allant à l’encontre des règles relatives aux conduites et discours haineux.

Difficile à digérer pour des activistes militant justement contre la haine homophobe.

Utiliser le mot « pédé » ou « gouine » fait partie de l’histoire des luttes LGBT, afin de retourner le stigmate.

Une idée que l’on retrouve dans les combats de nombreuses minorités comme les queers, les Noirs américains ou encore les travailleurs du sexe. 

« C’est une réappropriation de l’injure et du stigmate, de manière à ne pas laisser à nos détracteurs une supériorité sur nous en maniant ces mots » explique Fred Bladou.

Voir leur discours censuré, c’est exactement ce que craignaient ces militants après l’adoption de la proposition de loi de Laetitia Avia pour lutter contre la haine en ligne.

Ce texte prévoit, pour les plateformes et moteurs de recherche, l’obligation de retirer sous vingt-quatre heures les contenus « manifestement illicites », sous peine d’être condamnés à des amendes.

« La loi ne doit pas être appliquée avant le 1er juillet, mais on dirait bien que les plateformes ont voulu anticiper. Ça fait dix ans que j’utilise le mot pédé sur Facebook et je n’ai jamais été bloqué avant » constate Fred Bladou.

Pour les militants, les motifs de ces sanctions sont d’autant plus flous que l’emploi d’autres termes, comme « gouine », n’a pas provoqué de suspension de comptes.

Pour l’instant.

Alerté sur cette polémique, un porte-parole de « Facebook » explique que « la lutte contre la haine en ligne est une priorité pour l’entreprise ».

De son côté, « Twitter » admet que « bien que nous nous efforcions d’assurer la cohérence de nos systèmes, il peut arriver que le contexte adopté habituellement par nos équipes manque, nous amenant à commettre des erreurs ».

Selon Caroline Mécary, avocate, « ces injustices risquent de se répéter à l’avenir car, lorsque la loi Avia sera appliquée, elle déléguera le pouvoir de choisir ce que l’on a le droit de dire ou non à des entreprises privées. Alors que la liberté d’expression ne devrait être commentée que par un juge dans le cadre d’un débat contradictoire. L’emploi des mots dépend aussi du contexte. Ce n’est pas un algorithme qui peut l’analyser ».

Depuis le début, elle est vivement opposée à cette loi.

Pour elle, « ce qui est arrivé à des militants LGBT, ces derniers jours, préfigure ce qui se passera dans les prochains mois. On va assister à un polissage des discours pour ne pas être censuré de manière injuste. Ça fait naître une nouvelle langue de bois. Cela montre à quel point cette loi est liberticide et qu’elle doit être abrogée ».

Peu d’espoir sur ce dernier point.

Désormais, les activistes LGBT s’interrogent sur la façon dont ils vont pouvoir continuer à mener des actions.

Tout en évitant la « censure ».

« On a peur des violences policières en manifestation. Maintenant, même sur les réseaux sociaux, on ne peut plus s’exprimer. Comment on fait pour dénoncer ? » déclare Fred Bladou.

Comme beaucoup d’autres militants, il a peur d’une chose en particulier.

Être obligé de remplacer le mot « pédé » par un autre. 

« On devra penser à la censure à chaque fois qu’on écrira un slogan sur une banderole. On ne sera plus libres de choisir ce que l’on dit ».

Pour Gwen Fauchois, « il est essentiel que les termes utilisés depuis toujours dans les luttes LGBT aient leur place sur les réseaux sociaux. Se confronter au fait qu’on nous empêche de nous exprimer et de nous organiser, c’est constitutif de nos identités et de nos luttes. Donc, on trouvera les moyens appropriés ».

Au final, « Facebook » a réagi.

Le réseau social a fait savoir que « les contenus seront restaurés sous peu. Il s’agit d’une erreur. Il n’y a pas de modification de la politique de modération ».

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